L'orgue Clicquot

En l’absence de documents d’archives, perdus, semble-t-il, en 1793, on sait grâce à trois inscriptions à l’intérieur de l’instrument que l’orgue de Souvigny a été construit en 1782-83 par François-Henri Clicquot. Deux d’entre elles, similaires, se trouvent dans les sommiers de pédale : « Fait par M. Clicquot, facteur d’Orgue du Roy 1782. Faite à Paris le 25 May 1782 » (sommier de pédale nord) ; l’autre, dans le positif : « Cet orgue a été fait à neuf par François-Henri Clicquot, facteur d’orgue du Roy en 1783 du Règne de Louis XVI et du Trianat de Dom Lacroix, prieur de Souvigny ».

Par bonheur, ce témoin exceptionnel de la facture de l’Ancien Régime a traversé la Révolution française sans encombre. Dès la première moitié du XIXème siècle, on s’accorde à reconnaître la qualité de l’orgue de Souvigny : il est admiré par Alexandre Dumas lors d’un voyage en 1834 (Impressions de Voyage, et Gazette Musicale de Paris, 1835), puis en 1840 par Félix Danjou, organiste de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, sans doute incité à se rendre à Souvigny par Jean-Joseph-Bonaventure Laurens, érudit curieux et mélomane compétent. C’est ensuite l’organologue Pierre-Marie Hamel qui découvre l’instrument en 1845 et le mentionne de façon élogieuse dans l’Encyclopédie Roret (1849), avec une lucidité prémonitoire et une conception fort moderne de la conservation du patrimoine : « Parmi les beaux instruments dont Clicquot a doté la province, on peut citer l’orgue de Souvigny qui n’a subi aucune mutilation » [III, 404]. « Il serait bien à désirer, dans l’intérêt de l’art et de l’archéologie, qu’il se trouvât partout des admirateurs aussi éclairés et aussi zélés que le savant curé de la Paroisse, Monsieur Chambon, et que l’on conservât dans leur état primitif les chefs-d’œuvre des habiles artistes, sans leur faire subir les mutilations de la mode, et le plus souvent du charlatanisme et de l’ignorance » [I, liii].

L’excellente qualité de la construction de l’orgue de Souvigny lui a permis de vieillir sans rien perdre de ses qualités tant mécaniques que sonores. Dépoussiéré par Claude-Joseph Delor, de la Maison Daublaine, en 1840, il subit une intervention malencontreuse – mais limitée – du facteur Goydadin en 1887, choisi de préférence à Merklin qui avait proposé un devis de relevage en 1880. Goydadin mit la tuyauterie au diapason moderne (La = 440 Hz), un ton plus haut que celui d’origine, en recoupant la tuyauterie. Les bouches des doublures du plein-jeu furent seulement pincées pour les rendre muettes. Le Hautbois et la Voix Humaine furent simplement décalés. Goydadin devait également remplacer la soufflerie cunéiforme d’origine par un réservoir à plis parallèles, selon la mode d’alors. Toutefois, ni la mécanique, ni la composition de l’orgue ne furent modifiées.

À nouveau mentionné, plus récemment, par Bernard Gavoty (Bulletin des Amis de l’Orgue de Paris, 1935), l’orgue de Souvigny reçoit une turbine électrique en 1960. Des enregistrements de disques par Michel Chapuis permettent alors de mieux faire connaître l’instrument. Philippe Hartmann reconstitue sa soufflerie cunéiforme en 1977, avec un système permettant aux soufflets de fonctionner alternativement comme s’ils étaient actionnés à la main. En 1994, ce système astucieux mais déficient a été amélioré par Philippe Klinge grâce à l’adoption d’un boitier de commande électronique.

La partie instrumentale de l’orgue de Souvigny a été classée Monument Historique le 22 décembre 1947 et le buffet le 23 mai 1975. L’entretien de l’orgue est aujourd’hui assuré par la Manufacture Michel Jurine.

Célèbre bien au-delà de nos frontières (des master-classes d’organistes venus des États-Unis comme de Grande-Bretagne sont organisées à Souvigny depuis de nombreuses années), visité par d’innombrables facteurs d’orgues, organistes et mélomanes, l’orgue Clicquot de Souvigny est justement apprécié pour la douceur de ses jeux de fond, la luminosité scintillante et chaude de ses cornets, l’éclat, la puissance et la profondeur de ses jeux d’anches. Modèle d’équilibre et de raffinement, il est un témoignage essentiel de l’art de la facture d’orgue française de la fin du XVIIIème siècle à son apogée. S’il permet d’interpréter de façon convaincante le répertoire baroque de la grande école qui s’épanouit durant le règne de Louis XIV (Jacques Boyvin, Nicolas de Grigny, François Couperin, Louis Marchand, Jean-François Dandrieu, Louis-Nicolas Clérambault), il est le vecteur idéal pour la musique des grands noëlistes français (Louis-Claude Daquin, Claude-Bénigne Balbastre, Michel Corrette) et des compositeurs « post-classiques » de la fin du XVIIIème siècle contemporains de sa construction (Jean-Jacques Beauvarlet Charpentier, Guillaume Lasceux, Nicolas Séjan, Josse-François-Joseph Benaut, Gervais-François Couperin).

                   

Composition

I – POSITIF

(Do1-Ré1-Ré5)
Bourdon 8 Flûte 8 (Do2) Prestant 4
Doublette 2 Fourniture V
Nazard 22/3 Tierce 1 3/5
Cromorne 8 Trompette 8

 

II – GRAND-ORGUE

(Do1-Ré1-Ré5)
Montre 8 Bourdon 8 Prestant 4 Doublette 2
Quinte 2 2/3 Quarte 2 Plein-Jeu VI Cornet V (Do3)
Trompette 8 Clairon 4 Voix humaine 8
Tierce 1 3/5

III – RÉCIT

(Do3-Ré5)
Bourdon 8 Cornet IV Hautbois 8

 

PÉDALE

(Fa0-Sol0-La2)
Flûte 8 (Do1) Flûte 4 (Do1)
Trompette 12 Clairon 6

3 claviers plaqués d’os, pédalier à la française,
accouplement Pos/GO par tiroir,
tremblant fort, tremblant doux

Historique des concerts

2018
Anne Page

2017
Michel Bouvard et Yasuko Bouvard

2016
Yves Rechsteiner
(avec l’ensemble Les Surprises)

2015
Marie-Ange Leurent et Eric Lebrun

2014
Aurélien Fillon (Pépites d’Orgue)
Marie-Odile Vigreux (Pépites d’Orgue)
Paul Goussot

2013
Jean-Christophe Revel (Pépites d’Orgue)
Jean-Baptiste Robin (Pépites d’Orgue)
Maude Gratton (Pépites d’Orgue)
Benjamin Alard (JMA)

2012
Paul Goussot (Pépites d’Orgue)
Thomas Pellerin (Pépites d’Orgue)
Madeleine Cordez (Pépite d’Orgue)
Olivier Latry (JMA)

2011
Benoît Babel (Pépites d’Orgue)
Aurélien Delage (Pépites d’Orgue)
Joseph Rassam (Pépites d’Orgue)
Yves Rechsteiner (JMA)

2010
Matthieu Odinet (Pépite d’Orgue)
Emma Pommier (Pépite d’Orgue)
Madeleine Cordez (Pépite d’Orgue)
Cindy Castillo (Pépite d’Orgue)
Vincent Genvrin (JMA)

2009
Henri Delorme,
David Gallois (Pépite d’Orgue)
Madeleine Cordez (Pépite d’Orgue)
Jean-Patrice Brosse (JMA)
Jean-Luc Ho (Pépite d’Orgue)

2004
Elise LEONARD
Martin TEMBREMANDE
Elodie RAYMOND

2003
Benjamin ALARD
Madeleine CORDEZ
Jean-Baptiste MONNOT
Maki SEKIGUCHI

1998
Nigel ALLCOAT
Henri DELORME
Davitt MORONEY

1997
Nigel ALCOAT
Michel CHAPUIS
Henri DELORME

1996
Christophe MANTOUX
Thilo MUSTER
Jean-Luc PERROT
Olivier VERNET

1995
Henri DELORME
Christofer KENT
Louis THIRY
Magnus WILLIAMSON

1994
Bernard COUDURIER
Henri DELORME
Aude HEURTEMATTE

1993
Guy BOVET
François CLEMENT
Henri DELORME
François MENISSIER
Yves-G PREFONTAINE

1992
William ELLIOT
François ESPINASSE
Ton KOOPMAN
Olivier LATRY

1991
Jean BOYER
Eric BROTTIER
Henri DELORME
Marie-Ange LAURENT
Françoise POURADIER-DUTEIL

1990
Jean DEKYNDT
Henri DELORME

1989
Odile BAYEUX
Bernard CHALTE
Anne CHAPELIN
Henri DELORME
François LEGROS
Jean-Luc PERROT

1988
Henri DELORME
Etienne JACQUOT
Jan Willem JANSEN
Olivier VERNET

1987
Henri ARISTIZABAL
Frank BESINGRAND
Marinette EXTERMANN
Jean JAQUENOD

1986
Jean-Charles ABLITZER
Jean-Paul LECOT

1985
Henri DELORME
André PAGENEL
Pierre PERDIGON
René SAORGIN

1983
Michel CHAPUIS

1982
Henri DELORME